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La lettre d’un jeune gay interpelle la vieille Italie homophobe

Le 25 mai dernier, le quotidien national italien La Repubblica, publie la lettre d’un jeune de 17 ans appelant la classe politique et la société à entendre la voix d’un homosexuel. Un témoignage touchant, partagé des milliers de fois sur les réseaux sociaux, et auquel la présidente du Parlement a tenu à répondre.

 

« Cette lettre est peut-être ma dernière alternative au suicide », préviens Davide dès les premiers mots de sa lettre adressée au quotidien italien La Repubblica et publiée le 25 mai. Ce qui l’a poussé à envoyer ce message ? Le suicide de Dominique Venner à Notre-Dame, quelques jours après le vote de la loi sur le mariage pour tous en France, une loi que l’intellectuel d’extrême-droite qualifie d’« infâme » dans le dernier billet publié sur son blog. Voyant un lien direct entre l’opposition de Venner au mariage homosexuel et son suicide, Davide poursuit : « Il faut être vraiment obtus et surestimer ses propres forces, pour mourir afin de s’opposer à l’évolution de la société.»

« Un pays qui se dit civilisé ne peut pas abandonner des parties de soi »

Voici quelques extraits de sa lettre : « Je suis gay, j’ai 17 ans, et cette lettre est peut-être ma dernière alternative au suicide, martèle le jeune homme, dans un monde qui ne m’accepte pas, bien que je sois né ainsi. Le courage véritable, ce n’est pas de se suicider à presque 80 ans, poursuit-il, en référence à Venner, mais de survivre à l’adolescence avec un tel fardeau, en ayant conscience de n’avoir rien fait de mal, sinon d’avoir suivi ses propres sentiments (…) La chance de naître hétérosexuel n’est pas donnée à tous. S’il y avait moins de discriminations et plus de compassion ou de charité chrétienne, tous ceux qui nous haïssent cesseraient de le faire parce que, eux, par quelque volonté divine inconnue et injuste, ont été chanceux. Je ne demande pas au Parlement de rédiger une loi qui autorise le mariage homosexuel – je ne suis pas aussi stupide – je demande seulement d’être écouté. »

« Un pays qui se dit civilisé ne peut pas abandonner des parties de soi. Il ne peut pas non plus se permettre de vivre dans une loi contre l’homophobie, un mal qui pousse beaucoup de jeunes à se suicider pour retrouver cette liberté qu’ils ont perdue au moment même où ils ont respiré pour la première fois. Il n’y a aucun mal à vivre tel qu’on est ; le vrai défaut, c’est de vivre en faisant semblant d’être différent. Nous ne sommes pas des monstres, nous n’avons pas non plus été touchés par le diable quand nous étions petits (…) Nous demandons seulement d’exister. »

« Vous décrivez une société qui ne sait pas protéger ses enfants »

Le lendemain de la publication de cette lettre, partagée par près de 19 000 personnes sur facebook, le quotidien de centre-gauche publie la réponse de Laura Boldrini. La Présidente de la toute récente chambre des députés italienne y répond au jeune homme qui confiera au journal n’avoir parlé de son homosexualité qu’à ses parents. Extraits.

« Cette lettre, je te l’aurais écrite de toute façon, même si je n’avais pas été Présidente de la Chambre. J’ai une fille à peine plus âgée que toi, et je t’aurais écrit en tant que mère, profondément ébranlée par ton cri d’alarme, par la solitude dans laquelle tu vis, par le poids écrasant que tu dois supporter parce que « la chance d’être hétérosexuel n’est pas donnée à tous. »

Dans sa longue lettre, l’ancienne journaliste et actuelle femme politique de gauche fait le lien entre le témoignage de Davide et le suicide au mois de janvier d’une adolescente de 14 ans, Carolina, harcelée sur les réseaux sociaux : « Toi et Carolina, vous parlez à nous, parents, et à un pays qui trop souvent ne sait pas écouter. Toi tu l’as fait, heureusement, avec les mots qui constituent ta lettre. Elle, elle l’a fait en sautant du 3ème étage. Mais tous les deux vous décrivez une société qui ne sait pas protéger ses enfants. Elle ne sait pas les protéger car elle est oppressée par le conformisme, incapable de concevoir la diversité comme une richesse pour tous, et désorientée face aux changements. »

Remerciant Davide d’avoir mis les politiques « face à leurs responsabilités », la Présidente de la Chambre s’est engagée à agir, assurant que le nouveau gouvernement paierait sa « dette » envers les victimes de l’homophobie, et invitant le jeune homme à la rencontrer pour en discuter.

Quelques heures, des centaines de mails de critiques de soutien et un hashtag #carodavide plus tard, le jeune homme, interrogé par le journal, a assuré qu’il répondrait à son tour à Laura Boldrini, et en a profité pour expliquer le sens de sa démarche : « Nous sommes là, nous existons, laissez-nous exister, ma lettre ne veut rien dire d’autre. »

Charlie

9 Comments

  1. titia says:

    “La chance de naître hétérosexuel n’est pas donnée à tous”!!!! Parce que c’est mal d’être homosexuelle?!
    Je n’ai jamais été aussi heureuse de vivre ma vie: être juste moi, sans mensonge, sans peur.
    Je suis lesbienne et je ne trouve pas sa comme une malchance.

  2. timide says:

    n’est ce pas ce qu’on pourrait appeler “ses meilleurs ennemis” ?

    en france, on ne parle pas de chance mais de non choix et/ou de privilèges … (à chacun son accessoire de jeu. cqfd !)

  3. charlie says:

    Bonjour, moi aussi j’ai été interpellée par la phrase en questionet l’utilisation du mot “chance”. Mais comme le garçon l’a écrite telle quelle dans sa lettre, je l’ai traduite telle quelle. Je pense qu’il parle de chance pour provoquer, et pour appuyer la dimension hasardeuse de l’homosexualité (certains sont homos, d’autres non, comme pour dire allez savoir pourquoi, il évoque cette idée plus loin dans la lettre). Bref, je trouve normal que le terme interpelle, mais ne l’interprétez pas mal, il ne dénigre pas pour autant les homos. Et quand on sait dans quelles conditions vivent les gays, lesbiennes et trans en Italie (je parle en connaissance de cause, j’ai vécu un an et demi à Rome) on se dit que les hétéros ont effectivement de la chance, car ils souffrent beaucoup moins.

  4. Lisa says:

    Un peu heurtée par “La chance de naître hétérosexuel n’est pas donnée à tous”.. Si encore c’était dit de façon bien ironique, mais là j’ai pas l’impression! Je ne vois pas ça comme une malchance moi non plus! Je sais pas comment il arrange ça avec son auto-estime mais je lui souhaite du courage.

  5. Lisa says:

    Désolée je n’avais pas encore vu la réponse de Charlie, je comprend un peu mieux le pourquoi de ce mot! Je pense que dans le pire des cas, ce n’est que maladroitement formulé

  6. julie says:

    Je pense qu’il utilise le mot “chance”, parce qu’il faut dire ce qui est, il y a bcp d’homophobie au quotidien, et parfois on peut penser que c’est vraiment pas un cadeau. Moi, quand j’avais 15 ans , et que je me suis rendu compte de mon homosexualité, je me suis dit “je ne peux pas l’être, on va me considérer comme une paria, on va m’insulter, me frapper…”.
    Bien sur, ma façon de voir les choses a changé. Mais mettez vous à sa place, ou a ceux qui se font emmerder tout le tps du fait d’être homo.

  7. Chloé says:

    Il faut arrêté de disséquer les moindre formules et expressions, il ne dénigre pas l’homosexualité, au contraire il demande à l’Italie de l’accepter, de la respecter et de la laisser exister.
    Or comme l’Italie en est là où elle en est question ouverture d’esprit et évolution des moeurs et que l’homosexualité est à priori due a un facteur “hasard”, qu’on ne controle pas, alors je ne voit pas en quoi c’est un problème de parler de “malchance” pou illustrer ce cas de figure là..

    Vous allez quand même pas aller jusqu’à condamner des propos “homophobes” de la bouche même des victimes de l’homophobie, serieusement.

  8. Lisa says:

    Non mais quand on se dit heurtées par la phrase en question, ce n’est pas lui que l’on taxe d’homophobe (on a pas atteint ce degré de paranoïa!!) En fait c’est plutôt la société italienne qui est visée, (puisque comme tu dis question ouverture d’esprit c’est pas encore ça) parce que si il appelle au respect par ce genre de terme, c’est que c’est la pensée dominante du pays, c’est donc cette société italienne qui dénigre l’homosexualité. Donc ce qu’on condamne en réalité c’est l’homophobie latente du pays qui le pousse inconsciemment ou pas à utiliser le terme “malchance” pour forcer l’acceptation de l’homosexualité

  9. Ziamis says:

    Bien que je mette ce commentaire très tardivement et que je pense qu’il ne sera jamais lu je souhaitais parler de ce sujet. Je pense que vous êtes dur-e-s sur le fait qu’il dise qu’il n’a pas eu la chance d’être hétéro. Moi même vivant dans un environnement très ouvert quant à l’homosexualité que ce soit avec ma famille ou mes ami-e-s je pense que si j’avais été hétéro ma vie aurait été plus simple je ne me serais pas posées tant de questions. Alors oui être hétéro peut être vu comme une chance en ce que cela est dans la norme et est donc plus facile à vivre … comme en France il est plus chanceux d’être blanc et chrétien que noir et musulmans … cela ne veux pas dire que l’un vaut mieux que l’autre

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