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John et Jack, 54 ans d’amour, du placard au mariage

Longtemps « invisibles », comme les petits vieux et petites vieilles filmés par Sébastien Lifshitz, John Darby et Jack Bird forment aujourd’hui un couple-témoin. Rendus célèbres par la presse anglophone ces dernières semaines, ces deux retraités américains ont vécu ensemble et en première ligne chaque étape de l’histoire de l’homosexualité dans l’Amérique du 20ème siècle.

Depuis ce jour de 1959, où ils se rendent à une fête et tombent amoureux, Jack, un petit moustachu de 84 ans aux yeux bleus et John, plus grand de deux têtes et plus vieux de deux ans, ne se sont pas quittés. Ils vivent aujourd’hui dans une résidence pour personnes âgées au cœur de San Francisco et fêteront en juillet prochain leur 5ème anniversaire de mariage et les 54 ans de leur couple.

Voisines lesbiennes

« Quand j’ai su que j’étais homosexuel, je l’ai caché », se souvient Jack, interrogé par l’AFP. A l’époque, on tolère vaguement une tante lesbienne ou un oncle gay dans la famille, mais pas question d’en parler. Au travail, certains hommes ont des « assistants masculins personnels », on ne cherche pas plus loin. « C’était juste quelque chose dont on ne parlait pas. Donc nous n’en avons pas parlé avec notre famille respective, nous voulions simplement qu’ils comprennent sans pour autant s’en mêler », explique John.

Six mois après leur rencontre, les deux hommes décident d’emménager ensemble et d’ouvrir un compte commun, fait rarissime à l’époque. Ils tombent heureusement sur « un agent immobilier ouvert d’esprit », comme ils le disent aujourd’hui, mais restent prudents. Des années plus tard, ils se rendent compte que la maison d’à côté est habitée par un couple de lesbiennes.

A l’été 1960, vient tout de même le moment de la rencontre avec la belle-famille et la petite comédie qui l’accompagne, puisque les deux hommes se cachent toujours de la plupart de leurs proches. « Mon beau-frère soupçonnait Jack d’avoir une liaison avec sa femme », se souvient John. « Comment pouvait-il être si naïf ? Il était tellement homophobe qu’il refusait de voir ce qui se passait devant lui ! » Une tante, qui avait compris qu’ils étaient en couple, essaye à la même époque de le convaincre de mettre fin à sa relation avec Jack et de se concentrer sur son travail, sans y parvenir mais non sans provoquer une crise de larmes.

Champagne et gâteau au chocolat

Le couple se contente alors de se confier à quelques amis homosexuels. « Nous ne nous tenions jamais la main, nous évitions tout contact. Aujourd’hui, par contre, nous échangeons très souvent des gestes en public », raconte John, enthousiaste. Au bout de deux ans de vie commune, alors qu’ils sont toujours considérés comme des colocataires par leur entourage familial et professionnel, John et Jack deviennent propriétaires de leur maison. Ils ne la quittent qu’en 1998 pour rejoindre une résidence pour personnes âgées. On leur explique à ce moment-là que la résidence ne peut pas attribuer d’appartement avec une seule chambre à deux personnes de même sexes. Ils emménagent alors dans un trois pièces pour ne pas se faire remarquer, et transforment la deuxième chambre en bureau.

Dix ans plus tard, avant qu’un référendum n’interdise les mariages homosexuels en Californie, autorisés pendant une parenthèse de quelques mois, les deux hommes, alors en couple depuis 49 ans, décident d’officialiser leur union. Nous sommes en 2008, John et Jack se marient à San Francisco. Ils fêtent ça au champagne, avec un gâteau au chocolat surmonté de deux petites figurines masculines. De retour à leur résidence, un dîner est organisé en leur honneur par certains pensionnaires. D’autres ne leur adressent plus jamais la parole. Aujourd’hui, le couple est en photo sur les brochures officielles de la résidence.

Charlie

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One Comment

  1. timide says:

    je me demande ce qu’ils pensent du premier mariage en france ces deux vieux messieurs amoureux l’un de l’autre.

    ils auront vu cela de leur vivant. se marieront-ils eux-aussi …

    c’est étrange la vie.

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