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Afrique du Sud : Des camps de la mort pour garçons “efféminés”

 Torturé, affamé et déshydraté. Raymond Buys, un sud-africain de 15 ans, est mort en 2011 deux mois après avoir intégré un camp de redressement pour garçons « efféminés ». Avant lui, deux autres jeunes étaient morts dans des circonstances étranges au cours de ce camp. Le procès des bourreaux de Raymond a commencé fin avril en Afrique du Sud.

C’est une photo qui fait le tour de la presse anglophone ces derniers jours. Sur son lit d’hôpital, Raymond Buys a l’air de tout sauf d’un garçon de 15 ans. D’une maigreur extrême, la peau parsemée de tâches et de séquelles des tortures qu’on lui a infligées, le crâne chauve… Admis à l’hôpital « pour des examens », comme le directeur du camp où il était interné l’explique alors à sa mère, le jeune homme mourra au bout de deux semaines.

Déshydraté, affamé, avec des lésions au cerveau, un bras cassé à deux endroits, des brûlures de cigarettes et des blessures diverses sur le corps, il arrive à l’hôpital dans un état déjà critique et avec peu de chances de survie.

Enchaîné à son lit 

Nous sommes alors en 2011. Raymond Buys, un adolescent décrit comme efféminé et « hyperactif » selon sa mère, vient de passer près de deux mois dans un camp de redressement para-militaire où elle l’a envoyé pour une durée totale de 3 mois. A une heure au sud de Johannesburg, le camp d’entraînement « Echo Wild Game Rangers » propose à des familles blanches de transformer leurs adolescents « efféminés » en « vrais hommes ». Le tout pour 2000 dollars par mois.

Si cette histoire ressort seulement maintenant, c’est parce que le procès de ses bourreaux présumés a débuté à la fin du mois d’avril en Afrique du Sud. Sur le banc des accusés : Alex de Koker, 49 ans, directeur du camp, et Michael Erasmus, 20 ans, son employé. Tous deux sont accusés de meurtre, maltraitance sur mineur, négligence et coups et blessures ; tous deux plaident non coupables.

 Selon le témoignage d’un garçon de 19 ans qui a partagé la tente de Raymond Buys dans le camp, le jeune homme, trop faible pour effectuer les travaux manuels qu’on lui imposait, était régulièrement frappé avec divers objets, enchaîné à son lit, interdit d’aller aux toilettes et, attaché à une chaise, électrocuté avec un pistolet de type Taser, la tête recouverte par une taie d’oreiller. A une occasion, Alex de Koker aurait également forcé le garçon à manger ses propres excréments, et à une autre il lui aurait fait avaler de la lessive en poudre.

Milice néo-nazie

En 2007, Erich Calitz, 25 ans, et Nicholas van der Walt, 19 ans, sont morts au cours du même “entrainement”. Tous deux présentaient des lésions cérébrales. En 2009, Alex de Koker est condamné avec sursis pour la mort d’Erich Calitz, mais relaxé pour celle de Nicholas van der Walt, imputée à une crise cardiaque. Selon le témoignage de la sœur d’Erich Calitz dans la presse locale, rapporté par le site du Telegraph, de Koker lui aurait dit qu’il ne pouvait pas être gay et qu’il « ferait de lui un homme. »

Comme l’explique sur son blog la journaliste et activiste LGBT sud-africaine Melanie Nathan, il n’a pas été prouvé que les trois victimes aient été effectivement homosexuelles, mais elles étaient en tout cas perçues comme telles par leurs familles et par les organisateurs du camp. Toujours d’après la journaliste, Alex de Koker serait par ailleurs membre de la milice néo-nazie « Mouvement de résistance Afrikaner » (AWB), dirigée avant sa mort en 2010 par le suprémaciste blanc Eugène Terreblanche.

Le procès d’Alex de Koker et Michael Erasmus, placés pour l’instant en détention provisoire, devrait reprendre à la fin du mois de mai.

Outre ces camps de redressement destinés aux garçons « efféminés », qui existent également en Malaisie, on trouve dans plus de 30 pays des séminaires pour « guérir » l’homosexualité, selon un chiffre de l’organisation All Out, qui a mis en ligne une pétition pour y mettre fin. 

Charlie

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