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Être lesbienne (et invisible) à Bali

Invisibilisation, criminalisation, il ne fait pas bon vivre en Indonésie lorsque l’on est gay ou lesbienne. Sauf à Bali. Explications.

Y-a-t-il des lesbiennes en Indonésie ? Il parait que oui. Invisibilisée dans la majeure partie du pays, il ne fait pas bon vivre pour tous les gays, lesbiennes, transgenres ou autres. Il y a encore quelques semaines, Angga et Ninies étaient chassées de leur village pour leur vrai/faux mariage. Perdue parmi les quelques 17 500 îles qui composent l’archipel, Bali est seule maîtresse fidèle de tous les « déviants » du Sud-Est asiatique.

«C’est plus facile d’être lesbienne à Bali, c’est une île où tout le monde est très ouvert d’esprit; à Jakarta -la capitale- il y a trop de musulmans » m’explique Janina, graphiste de 31 ans, germano-indonésienne. «Je vivais à Singapour avant, ça fait deux ans que je vis de nouveau à Bali, j’ai toujours voulu y revenir, tout est plus facile ici», continue-t-elle. À Bali, présentée souvent comme l’Île des dieux, «tout peut arriver », explique Bianca, assistante designer de 28 ans, «c’est le melting-pot le plus intéressant de la région» ajoute-t-elle, «il y a tellement de touristes, de gens différents, c’est sans doute pour ça que tout y est plus libre».

Libre, et peut-être trop libre ? C’est ce que semble regretter Janina. « Ce qui est compliqué ici, c’est de trouver une relation stable car les tentations sont multiples; à Bali, si tu veux du sexe, tu le trouves très facilement; on voit passer beaucoup d’hétéros ou de bisexuels qui ne sont là que pour s’amuser», explique-t-elle, « j’aime vivre ici car je peux embrasser une fille dans un club et personne n’y prêtera attention, mais la plupart des gens ne font que passer».

Svasti, styliste de 29 ans, était hétéro jusqu’à son arrivée à Bali. «Je vivais dans le déni de mon homosexualité depuis l’âge de 15 ans ; c’est ici, à Bali que j’ai rencontré ma première copine, j’avais 28 ans et aujourd’hui, je me vois mal avec un homme ». Sanita, 28 ans cadre chez H&M à Hambourg en Allemagne, ajoute : « j’ai beaucoup d’amies qui ont changé d’orientation sexuelle à Bali, comme ça, d’un coup » et quand je lui pose la question fatidique du « et toi ? », elle me répond un « non, moi, j’ai tenu le coup » plutôt amusé. Changer d’orientation sexuelle au contact d’un trop plein de lesbiennes ? Non. « Il n’y a quasiment pas de lieux pour sortir pour les lesbiennes ici, seulement des clubs gays ; les gays et les lesbiennes ne se mélangent pas beaucoup » m’explique Janina, « mais quand tu rencontres une lesbiennes, tu connais toutes les lesbiennes de Bali, c’est un tout petit milieu, une sorte de société secrète », plaisante-t-elle. Quand je lui parle du gaydar : « un détail vestimentaire, la coiffure, la façon dont elle te regarde, il y a des signes qui ne trompent pas, et ils sont les mêmes partout. ».

Adeline

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