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Room in Rome, ou la chambre des clichés

« T’es gouine et t’as jamais vu Room in Rome !!! C’est comme si t’étais un gros beauf hétéro et que t’avais jamais vu Camping !! » (Là, on vous invite à regarder notre superbe parodie).

Voilà, en substance, ce que je me suis entendue dire, à 80 décibels et des moulinets de bras près, quand j’ai osé avouer mon inculture totale en matière de cinéma lesbien.

A ma décharge, je n’ai découvert qu’assez récemment le monde merveilleux des gouines et des pédés, la seule scène lesbienne de mon expérience cinématographique étant de mémoire le vague « bisou-de-3-secondes-dans-la-chambre-tellement-noire-que-même-nous-on-voit-rien» entre Scarlett Johansson et Penelope Cruz dans Vicky Cristina Barcelona.

Autant vous dire que j’ai mis à profit ma première soirée libre (3 mois plus tard donc…) pour faire enfin l’expérience grandiose de ce qu’on me présentait comme 1h30 de pied absolu. Grave erreur… Pour commencer, j’aurais du me méfier, il ne faut JAMAIS renoncer à sortir faire la fête pour voir un film chez soi, règle de base que je n’aurais pas dû me risquer à enfreindre de façon aussi effrontée.

Au niveau du pitch rien de très compliqué, deux filles se rencontrent dans un bar du Trastevere où elle fêtaient en solitaire leur dernière soirée romaine et finissent par passer la nuit à forniquer dans une chambre d’hôtel. Evidement les deux filles sont canons, comprenez ici 25 kilos toutes mouillées (pas de jeu de mot graveleux non, non), le cheveux soyeux et le corps photoshopé. Alba est Espagnole, brune pseudo-butch tatouée et je cite « lesbienne depuis qu’elle est née » ; Natasha est blonde et Russe, parfait croisement entre la cowgirl d’oligarque russe et la championne de tennis qui jouit à chaque service-volée. Il faut bien plaire à tout le monde: bi, hétéro et grand oncle pervers compris.

Mais ce n’était là que le moindre des stéréotypes genrés, le buisson qui cache la forêt de clichés misogynes dissimulés derrière l’excuse du film pour gouines.

Certes, on ne va pas se plaindre, les scènes de cul sont pléthore et les filles sont à tomber, mais apparemment comme c’est un film lesbien, il faut qu’elles se racontent aussi leur vie. En effet, tout le monde le sait, les filles adoooooooorent passer des heures à geindre en se racontant leurs malheurs et à se prendre dans leurs bras pour se consoler. Là, c’est pareil, à deux nuances près. D’abord qu’au lieu de se faire un bisou sur le front elles se font un cunni (on est quand même là pour ça, faut pas déconner). Ensuite, qu’elles ne se racontent que des histoires atroces au lieu de gémir sur Brian qui les a largué, au risque de percevoir une once d’exagération quand on arrive à cumuler mariage forcé, inceste, mort d’un enfant et tromperies à tout va (remarque on vous avait prévenu, les pédés sont schizophrènes, incestueux et congèlent leurs bébés, c’est d’ailleurs pour ca que la PMA ça le fait pas).

Entre deux scènes de confidences éplorées et de baise effrénée, on trouve quand même le temps de placer qu’une lesbienne est forcément super intelligente et intello. On réprime donc un rire sarcastique quand on apprend qu’en plus de parler quatre langues, Alba (la brune hein, pas la blonde, elle c’est pas une vraie) est diplômée en ingénierie et conçoit de supers vélos-écolos-bio-sans-gluten-et-sans-conservateurs, dont elle va d’ailleurs offrir un prototype à Natasha comme cadeau de mariage. Et oui ! Vous vous en doutiez, Natasha est bien l’incarnation parfaite de l’hétéro casée qui aime de temps à autre se faire dévergonder par une gouine expérimentée mais qui «préfère quand même les bites» et demande donc à se faire enfoncer une bouteille de vin dans le vagin… On peut comprendre que ça lui manque mais là quand même.

C’est donc légèrement déstabilisée qu’on arrive péniblement au bout des 1h43 de soirée pyjama-où-on-baise. J’avais la naïveté de croire qu’être lesbienne c’était aussi au moins un peu être féministe, et que regarder un film LGBT me prémunissait des clichés genrés… La prochaine fois je materai Camping

Margaux

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11 Comments

  1. timide says:

    ah mais c’est intéressant tout ça, miam-miam glou-glou !!!

    #nemangezplusdefoiegrasçalesgavetrop :-( #nousnesommespasdesoiesblanchesmerdeàlafin!

    en te lisant Margaux@BBX #onnepeutpasplusmettrelespiedsdansleplatlol:-), une question d’opinion quasi existentielle me vient l’esprit :

    à votre avis, un film contenant près de 15 scènes lesbiennes est-il du cinéma lesbien ? (oui remise en cause et en question de l’identité de genre.)

    en l’occurrence, je coupe le cordon affectif avec cette question à l’endroit de woodie (#mercipourtonallentumesauveslavie! ) car quand on est woodie allen, je pense que la question n’a plus lieu d’être. d’où l’intérêt du lien qui existe entre un créateur et son public.

    du coup, un nouveau soulèvement, un autre questionnement plus en perspective avec la ligne éditorial de bbx.com en général (#aufondqu’estcequej’ensaisjesuispasredacchefmoi!?!) :

    au même titre, un film, sous prétexte d’être filmé en format pour techniques cinématographiques, fait-il état et/ou rend t-il compte de l’art de la cinématographie ?

    #shouldItrashmylifefortheperpetualgoodnessofaconceptualgouinesarefamily?
    #choisirdetoutourienfaire!
    #oùcommenttoutobtenirjusteenclaquantdesdoigts(peut-être?):-)

    pour ma part, non non non, tout aussi bien formulé que cela soit, je dis que le cinéma lesbien n’existe pas. End of the story.

    (des courts-métrages lesbiens, oui : “court mais lesbien 1, 2 et 3 ?”, du petit film élégant de militantisme lesbien, oui, go fish avec son étoile et unique en son Guinevere Turner, du “série B” lesbien en film de genre : drame, oui, the girl de sande zeig, et autres films à caractère lesbien de type : when the night is falling, helena undone and so on and so on … ) #n’enjetépluslacoursestpleinemerci:-)

    parce que “Timide” n’est pas si timide que cela, je peux l’affirmer chez les bbx, (“bbx, stars du goueek qui savent faire le zap du buzz sur web”), non, le cinéma lesbien n’existe pas car, (jusque là), pour exister cinématographiquement, je pense sincèrement qu’il faut que, comme tout être du ciel, comme tout humain de la terre, (même si elles ont pu exister dans le sein de leurs copains gay-queer) #yafranchementdequoienperdresonlatin … les êtres lesbiens et les lesbiennes doivent devenir et/ou redevenir des filles, des femmes et/ou des mères pour cela.

    je crois réellement que c’est ainsi que le cinéma peut raconter leurs histoires singulières face au quotidien et survivre aux yeux du reste du monde. #situcomprendsrienjediraisquec’estunpeunormal:-)

    c’est aussi pourquoi je pense que “bye bye blondie” est exactement du cinéma (queer peut-être, ça dépend de l’orientation de v.despentes, du cinéma français assurément aucune hésitation) mais pas vraiment un film lesbien justement.

    #j’ailedroitdepensercequejeveux
    #lesartistescréespourqu’onregardeleursoeuvres #c’estpasdusmc’estjustedupornoquifaitunpeumal
    #c’estdifférentmaispareil
    #vacomprendrequelquechosedanstoutça
    #lol

    bref !

    les films lesbiens sont une masse sous laquelle on pourrait passer sa vie à crouler quand on cherche son identité dans le fait d’être, de vouloir être lesbienne ou même de se dire lesbienne.

    #ausecours

    (tant que j’y suis), par contre, le cinéma gay international existe (mais perso, il ne m’intéresse pas du tout dans sa façon d’exister vu le caractère acharné de la manière avec laquelle il se rue sans scrupule et sans délicatesse (avis qui n’engage que moi ) dans la course à l’industrie de la diffusion).

    non.

    ce qui est un temps soi peu plus intéressant (mais alors vite fait entre le “gay fuck buddy et one man shot”, c’est le cinéma queer ! mouiii, le cinéma queer a du bon ! :-) :-) :-)

    là en sautant quelque case d’histoire pour rattraper le temps et être à jour du présent actuel, je pense à émilie jouvet et son porno féministe, dit porno lesbien (tout à fait crédible dans son genre) “one night stand” qu’elle a longtemps présenté comme du documentaire ( une erreur de vocabulaire ou une confusion de genre peut-être ? ), mais que j’entrevois plutôt (vu l’audace et la consistance dans le côté sincère de l’artiste) comme une façon de vouloir rejoindre la mouvance élégante et petit budget du queer lesbien de rose troche qui révèle au départ ” a lesbian gay scene from chicago”.

    autant dire que c’est pas très avant-gardiste. mais ce n’est peut-être pas le but. #aprèstoutchacunvalàoùsoncoeurest!
    #làoùtoncoeurestlàseratontrésor

    en pensant à quelques belles histoires, je dirais que le “cinéma queer” laisseentrevoir quelque chose dans la survie de ceux qui le fabriquent. ce cinéma est intéressant en ce qu’il dessine la réalité et rend compte de l’état des hommes et des femmes qu’il met en scène.

    DONC MARGAUX@BBX :

    concernant ton inculture sur le cinéma lesbien, j’ai envie de te dire toi bébé gouine de bbx.com, tu ne risques pas d’en savoir plus sur la question vu que ça n’existe pas ! hu hu hu !

    #parailleursjen’aipasvuvickiefaitdelaphotoàbarcelona
    #ons’enfoutdesbisouxrougebaisersuryoutube
    #qu’onaimelavieouqu’onl’aimepas
    #cequicomptec’estdevivreetd’êtreheureux
    #toutlemondepeutcomprendreça

  2. Tomate Verte says:

    ouh la la, timide, quelle verve ! pas facile à suivre si on n’a rien avalé d’illicite pour s’éclaircir les méninges.
    ceci dit, en effet, comment définir ce qu’est un film lesbien ? y a-t-il un nombre de scènes de cul minimum pour mériter l’étiquette ?
    en ce qui concerne Emilie Jouvet, je pense que tu confonds One night stand avec Too much pussy, pour le qualificatif de documentaire. Mais je ne crois pas que EJ fasse du documentaire, sinon il faut la classer entre Jean Rouch et Agnès Varda, ce qui serait quand même assez aberrant, non ?!! Peut-être fait-elle juste du porno (scénario inexistant et cul dans le plus de plans possibles) ?

  3. timide says:

    oui c’est ça tomate verte, tu as raison, too much pussy! that’s right. pour moi, ceui-ci n’est effectivement pas un documentaire mais après tout, le entre filles de jeanne broyon est aussi considéré par qui veut comme étant du genre documentaire. #mouiiicestcela pourquoi pas un road video queer lesbien pour le premier, et un reportage video pour l’autre. des suggestions. non, ne demeurons pas tenté de comparer l’anarchie en bande organisée aux invisibles récemment primé dans la catégorie du genre documentaire par le lobby cinématographique des césars.

    #jekiffedemoinsenmoinslesfillesquimouillentsanssemouiller
    #mariagepourtousquandtulestiens

  4. Toomuchtomates says:

    “Mais je ne crois pas que EJ fasse du documentaire ”
    Si, Too Much Pussy est bien un documentaire :
    «Too Much Pussy! Feminist Sluts, A Queer X Show», est un road-movie documentaire féministe sex-positif.
    Il a remporté, entre autre, dans la catégorie documentaire, le Prix One+One (Prix de la critique) au Festival international du film de Belfort-Entrevues.
    L’Audience Award Best Documentary, au Reelout Queer Film Festival, a Kingston, Canada.
    Et l’award du Best LGBT film, au Cannes Independent Film Festival..

  5. timide says:

    @Toomuchtomates

    yes yes yes !

  6. Tomate Verte says:

    bon j’ai regardé “Room in Rome”. Vu la critique de Margaux, je m’attendais au pire. C’est pas le suspense de “Bound”, c’est clair. Mais c’est ni plus ni moins mièvre que “When night is falling”, non ?
    Les scènes de sexe ne sont pas si tartes que ça. Personnellement je ne cracherai pas sur un one night stand de cet ordre ! Allez Margaux, reconnais que c’est sympa à regarder (et à écouter) quand même !
    “Film pour gouines”, ça reste à voir : en fait, quel public le réalisateur cible-t-il ? les festivals de lesbiennes ? la télé espagnole en fin de soirée ? Ca change un peu le regard qu’on porte sur le film et donne plus ou moins d’importance aux “clichés” en question.
    bref, je me suis enfilé les 1h40 sans pause et il se pourrait même que je me repasse certaines scènes !

  7. timide says:

    pervers mémére hein Tomate Verte ! hu hu hu ! :-)

    en tout cas, la musique sur ce long est très bien trouvée et mixée.
    elle meuble les scènes vides à souhait, ce qui donne un équilibre audiovisuel consistant.

    rien que pour ça, julio medem est bien inspiré !

    les dialogues aussi sont finement balancés, ils donnent un rythme au scénario, ce qui sert le cut au montage et vice et versa pour l’intrigue.

    intéressant au niveau de la mise en relief “sexuelle” entre les deux protagonistes féminins.

    sommes nous dans du cinéma lesbien au masculin ?

  8. timide says:

    … mais la question qui se pose quand même (de manière pragmatique, je me demande), c’est combien de fric ils sont fait avec une telle production ?

  9. timide says:

    en fait, je viens de me retaper les 20 premières minutes en V.O ce matin, et franchement … finalement, c’est quand même un peu une daube clinquante.
    je ne sais pas ce qu’ils ont fabriqué sur les scènes (pseudo) sexuelles avec la bande son, mais, ce que j’en retiens, c’est qu’artistiquement, en tant que spectatrice ça vieillit pas vraiment bien dans le côté massif que l’on pourrait espérer, attendre quand la sexualité lesbienne est traitée notamment au cinéma.

    room in rome, c’est un peu comme un film fait par des hétéros pour des bis et/ou réciproquement, aller savoir, perso, je m’en balance comme de l’an 40, mais, effectivement, de manière authentique, impossible pour moi de s’y retrouver !

    voilà.

  10. Lola says:

    MERCI
    je m’ennuyais tellement d’écouter leurs histoires que je n’ai pas tenu la moitié du film. Et dans le genre cliché, y’a pas mieux. Dans le genre, “coucou toutes les lesbiennes vivent ça, et moi le super réalisateur, et bien, je vais vous raconter ce que ma grande soeur vécu au lycée…” NUL

  11. frencesio123 says:

    Je vois que beaucoup n’ont rien compris à “Room in Rome”, c’est dommage mais ça va pas faire pleurer les interprètes ni le réalisateur. Alors qu’est ce que j’ai vu et les gens qui n’ont rien compris, pas vus ? D’abord, le tour du force du cinéaste : quatre semaines de tournage avec un tout petit budget et le fait qu’en tant que cinéaste masculin, Medem aurait pu prendre son pied en faisant du voyeurisme… en fait non, il as l’air autant concerner que ses personnages par ce qui se passe. Il les cadre parfois à distance, souvent avec justesse, pour montrer leurs émotions. Les comédiennes, superbes et complices, sont déchâinées. Puis l’histoire, les dialogues : chaque ligne de dialogue, chaque regard compte, car si Alba ment beaucoup, c’est justement pour y dissimuler une vérité touchante. “Room in Rome” est un cinéma de personnages, les deux jeunes femmes ne sont pas caricaturales, ce sont des êtres en chair et en os, très réalistes et touchantes. Comme elles, on sait que l’action s’étends sur une durée déterminée. Puis ces références : les toiles de maître, la musique d’opéra… qui sont autant de symboles représentatifs de l’état d’esprit des personnages. Qu’importe le sexe explicite, ces scènes sont d’ailleurs là pour renforcer la relation et les émotions des personnages, Natasha et Alba nous deviennent vite familières. On noterait également les chansons de Russian Red : “Loving strangers” et “Upset”, merveilleuses.

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