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Faut-il aller voir L’Écume des jours ?

A priori, comme une grande majorité des personnes qui attendaient de voir l’adaptation de L’écume des jours, j’étais banalement sceptique. Déjà parce que ça s’annonçait comme le chef d’œuvre français de ce début de printemps et qui dit engouement populaire et médiatique dit rejet instantané (pour ma part du moins).

L’écume des jours on l’a toutes/tous potentiellement lu pendant notre adolescence. Les profs, qui ont cette agréable tendance à vous faire détester un bouquin rien qu’en le mettant au programme vous l’ont forcément collé de force un moment ou un autre sous le nez. Cause à effet, je garde un mauvais souvenir de ce livre, une corvée où le personnage principal a un nom de poisson (Colin) et une femme (Chloé) qui décédera à cause d’un nénuphar dans le poumon droit. En plus de manquer cruellement de sensibilité, j’avais grommelée pendant toute la lecture sur l’idiot de Chick et son engouement maladif pour Jean Sol Patre (anagramme de Jean Paul Sartre, vous l’aurez compris) et j’étais à cent lieu d’imaginer qu’un jour Nicolas, l’ami dévoué/avocat/cuisinier serait interprété par Omar Sy.

Oui, bon, okay, l’adolescence est un âge ingrat.

Et c’est pour cela que Michel Gondry est un magicien. Il réussit, même avec une aussi grosse production cinématographique que peut l’être ce film, à vous faire aimer L’écume des jours, ou du moins sa vision. Pour celles/ceux qui ont adoré le livre, partez du principe que ce n’est pas l’adaptation faite dans votre petite tête qui sera à l’écran, mais celle de Gondry.

C’est-à-dire, un univers onirique rempli de tissus colorés qui se déploient dans un espace improbable, d’objets extraordinaires (dont le fameux pianocktail qui produit des cocktails alcoolisés au son de notes de Jazz ou encore le funeste arrache-cœur), de danses surréalistes (le biglemoi) pratiquées sur du Duke Ellington et où le sens des mots est pris au pied de la lettre (exécuter une ordonnance). 
Pendant 2 heures 02, on en prend plein les mirettes. Et Gondry, on l’aime pour ça. Parce qu’il nous émeut avec des films improbables – de la Science des rêves à Eternal Sunshine of the Spotless Mind en passant par plus récemment, The We and the I – et nous étonne par ses choix d’acteurs toujours plus ou moins curieux. On pense à l’adéquation Gael Garcia Bernal/Charlotte Gainsbourg ou encore Jim Carrey/Kate Winslet.

Alors pour le coup Romain Duris/Audrey Tautou (couple déjà formé à l’écran dans l’Auberge Espagnole), Aïssa Maïga/Gad Elmaleh et Omar Sy/Charlotte Le Bon c’était comme mettre la fine fleur du cinéma français d’hier, d’aujourd’hui et de demain dans un shaker et hop, régale toi avec ça. Pas très innovant pour le coup. Mais finalement, non, ça passe.

Alors on fait comme si on ne voyait pas Audrey Tautou et Omar Sy tous les 2 mois à l’affiche d’un nouveau film, Romain Duris comme étant l’icône de multiples magazines de modes masculin ou encore Charlotte Le Bon, (la nouvelle Louise Bourgoin du cinéma) – castée à la dernière minute suite au désistement de Léa Seydoux post tournage – et accessoirement payée pour ne rien dire au Petit Journal… En omettant ces petits détails, on s’en sort bien. Reste une Aïssa Maïga beaucoup trop rare au cinéma et dont on se délecte dans le rôle d’Alise ainsi que Gad ElMaleh, qui même grimé en rat de bibliothèque reste un peu trop fidèle à lui-même.

Et il y a aussi ce baiser lesbien mais pas trop… ;)

Tout ça pour dire : On va voir ce film ? Oui, on y va. On passe outre les critiques peu emballées que l’on entend un peu partout et on y emmène, histoire de faire taire une bonne fois pour toute les « on dit que , il paraît que » et aussi pour la voir papillonner à vos côtés après la séance en vous remerciant d’avoir d’ aussi bons goûts cinématographiques.

An Si

 

 

 

Lubna

Grande rêveuse devant l'éternel, Lubna aime les livres, les jeux de mots et les nichoirs en forme de ponts. Elle écrit sur l'art, avec un petit a : bd, illustration, photo, peinture sur soie. Twitter : @Lubna_Lubitsch

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