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Larguons les amarres, PMA tout-e-s !

Alors que la «moralisation» de la vie politique devient un impératif pressant, que l’opinion publique réclame la tête des corrompu-e-s, que les français-e-s sont en instance de divorce avec les élu-e-s de notre chère République, la machine démocratique, bien que quelque peu rouillée, a su se ménager hier matin, l’espace de son plein exercice.

Il aura donc fallu 51 heures de débat pour que la haute assemblée tranche sur l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples de même sexe. Au bout du marathon parlementaire, le sénat a donné son aval. Le texte n’a cependant pas été voté en l’état. Il n’est donc pas l’exacte réplique de celui retenu en première lecture par l’assemblée nationale. Il devra impérativement retourner entre les mains des député-e-s avant que la loi ne soit définitivement adoptée. Pour autant, la relecture ne devrait pas s’éterniser puisque le premier article du corpus n’a subi lui, aucune modification. Les député-e-s s’attèleront à la tâche dès mercredi prochain.

Vendredi matin, Jean-Pierre Bel, président socialiste du sénat n’a pas eu le temps de prononcer le résultat que les réactions fusaient déjà de toute part. D’abord, entre les murs de l’assemblée où l’on a entendu ici et là « c’est une injure à la démocratie », « un putsch institutionnel », « un coup d’Etat ». Sur Twitter, ensuite, où le député UMP Philippe Gosselin a lâché furieux : « Le gouvernement fait un coup de force. Il n’a rien compris ? C’est la guerre civile qu’il veut ? ». Dans la rue, enfin, où Madame Barjot a estimé solennellement qu’un « couperet venait de tomber sur la tête du peuple » avant de conclure, enthousiaste : « Hollande veut du sang, il en aura ! ». Nous voilà prévenu-e-s.

La raison de cette vive « colère » ? Mesdames les sénatrices et messieurs les sénateurs ont voté à main levée. Notons ici que cette pratique est très répandue depuis que le sénat est sénat soit depuis la constitution thermidorienne. Pour engager un autre mode de vote qui aurait rendu possible la publication dans le Journal officiel, il aurait fallu qu’un président de groupe (disons le groupe UMP au hasard), en fasse expressément la demande au président du sénat. Mr Poisson, n°2 du PCD (le parti écran de Christine Boutin) a déclaré à ce propos : « le Président socialiste du Sénat a engagé ce matin beaucoup plus rapidement qu’à l’habitude les opérations de vote, ce qui n’a pas permis au groupe UMP de demander dans les temps le scrutin public, et le Sénat a ainsi voté à main levée ».

Laissons mijoter la soupe procédurale, parlons plutôt PMA !

Comment ne pas se perdre dans un labyrinthe de déclarations, de rumeurs, d’affirmations ? Un pas en arrière, deux pas à droite, deux autres à gauche. La PMA a pris la fâcheuse allure d’une valse maladroite. Tantôt, on nous console en nous affirmant les yeux dans les yeux que la loi figurera dans le projet de loi sur la famille, examiné par l’assemblée nationale avant fin 2013. Sauf que par les temps qui courent, mensonge et politique font plutôt bon ménage.

Tantôt, le Figaro dans son impartialité légendaire nous apprend qu’il n’en a jamais été question, que l’avant-projet de loi n’en fera pas mention. Ce qui est sûr en revanche, c’est que cette histoire a offert à notre président de la république la matière d’un rétropédalage dont lui seul a le secret. En réponse à une question de SOS Homophobie durant sa campagne, il avait pourtant assuré  qu’une femme doit pouvoir recourir à l’assistance médicale à la procréation, soit parce qu’elle ne peut pas avoir d’enfant, soit parce qu’elle ne souhaite pas avoir une relation avec un homme. Je suis donc favorable à l’ouverture de l’assistance médicale à la procréation aux couples de femmes. ». Une élection et quelques manifestations enflammées plus tard, le discours n’est plus le même…

Désormais, la balle est dans le camp du comité consultatif d’éthique, présidé par Jean-Claude Ameisen. Le comité devrait rendre son avis sur la PMA vers octobre. C’est sur la base de cet avis que François Hollande se prononcera sur l’épineuse question.

Mr Hollande, il ne pas y avoir d’égalité effective des droits sans PMA !

Ne nous appuyons pas trop confortablement sur nos acquis. L’heure est certes à la célébration mais l’heure est surtout à la mobilisation. La PMA ne doit pas être la cerise qui orne joliment le gâteau. L’Egalité est un combat qui se remporte entier ! Gardons-nous alors de crier victoire trop vite et continuons à faire valoir nos revendications et nos droits.

Rania

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