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«Muslim Women Against Femen» ou la riposte anti-sextrémiste

Dans des pays souvent sujets à des censures de mœurs et d’institutions, les révoltes n’ont d’autres choix que de transiter par les réseaux sociaux. Seuls terrains à même de consacrer une parole libre, ils se sont imposés au fil des remous politiques comme une tribune où l’on prêche, où l’on débat et où l’on s’organise. Incontestablement, leur expansion signe l’avènement d’une ère où la contestation se démocratise. Dans ce contexte, il n’est pas surprenant de voir se développer et s’organiser une riposte d’un type particulier : la « Muslim Women Against Femen ». Retour sur les prémices d’une guerre froide.

Le 3 Avril, en soutien à Amina, une jeune Femen tunisienne séquestrée par ses parents, les Femen décident de lancer le « Topless Jihad Day ». Partout dans le monde, des activistes se revendiquant du groupe organisent alors des happenings pour protester contre les atteintes aux droits des femmes dans le monde arabo-musulman. Le même jour, deux françaises et une tunisienne brûlent un drapeau « salafiste » où l’on pouvait lire : « Il n’existe qu’un Dieu, c’est Allah. Mahomet est le prophète d’Allah. » … devant la mosquée de Paris. Un geste très controversé, qui a valu au collectif bon nombre de commentaires déchaînés sur la toile. Caroline Fourest, qui avait consacré un documentaire aux Femen au mois de Mars (« Nos seins, nos armes ! », co-réalisé avec Nadia El Fani) a jugé ce geste de « consternant » sur son blog du Huffington Post . Au lendemain de l’action choc, France Inter évoquait le départ de plusieurs activistes de la branche française, qui refusaient de cautionner un tel agissement.

Dans cette affaire, il semblerait que la question centrale soit celle-ci : La mosquée de Paris est-elle le meilleur endroit pour s’insurger contre le salafisme ? Quand on sait qu’elle est souvent attaquée par des islamistes pour des prises de position qu’ils jugent trop modérées… la réponse semble évidente.

La riposte n’a pas mis longtemps à se mettre en place. Elle porte le nom pour le moins évocateur de « Muslim Women Against Femen ». Le mouvement compte déjà quelques 5000 fans sur Facebook. Le message est clair et assumé : «Nous sommes des femmes musulmanes qui condamnons l’islamophobie et l’impérialisme des Femen. Nous voulons faire en sorte que nos voix soient entendues, nous clamons notre indépendance. ». Partout sur la page, les photos et les messages fusent.


Au sujet de la « Muslim Women Against Femen », la leadeuse des Femen, Inna Shevchenko livre ses impressions au Huffington Post britannique :

Elles disent qu’elles sont contre les Femen, mais nous affirmons que nous sommes là pour elles. Elles écrivent sur leurs pancartes qu’elles n’ont pas besoin d’être libérées, mais leurs yeux disent “aidez-moi”. Vous savez, à travers toute l’histoire de l’humanité, les esclaves ont nié être esclaves. Nous sommes fières de porter des idées progressistes dans le monde entier, toutes les idéologies ont l’endroit où elles sont nées mais l’idée de liberté n’a pas de nationalité ou de location spécifique, c’est une idée universelle qui est partagée par les femmes arabes également! Pourquoi doivent-elles couvrir leurs corps ? C’est le début du processus”.

En réponse à la déclaration de Shevchenko, Ayesha Latif, une des portes paroles du mouvement Muslim Women against Femen répond à son tour :

“Se servir du stéréotype que nous, musulmanes, devons endurer pour servir leur cause est incroyablement inapproprié et offensant. Elles soutiennent que nous sommes des créatures soumises, contrôlées par les hommes, qui ont besoin d’être libérées par un groupe de femmes blanches bien coiffées posant nues et utilisant des tactiques choquantes. Pour elles, plus vous vous déshabillez, plus vous êtes féministe- c’est l’idéologie féministe occidentale. Ce n’est pas une libération pour nous, mais ça ne fait pas de nous des anti-féministes. On se demande à combien de femmes musulmanes elles ont véritablement parlé?”

La guerre est déclarée. To be continued.

Rania

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3 Comments

  1. assez says:

    la guerre est déclarée, certes. mais entre deux point de vue irréconciliables sur la religion. rien de nouveau sous le soleil. avec tout le respect que j’ai pour la foi des un.e.s et des autres, qui relève du privé, l’idée de porter une pancarte (et un combat féministe) qui commence par “je suis un.e fièr.e catholique” m’est pénible à imaginer. comme la religion n’est pas partout séparée de la politique/des gouvernements (on sait de quel pays vient cette photo ?), les actions des un.e.s sont difficilement compréhensibles par les autres, et vice versa, sauf à être très calée sur le sujet des droits des femmes dans tous les pays du monde, ce qui n’est pas mon cas. après on peut penser, comme le scandaient les féministes iraniennes dans les années 70 que les droits des femmes ne sont ni d’Orient, ni d’Occident, ils sont universels (comme dit ici, dans ce contrepoint : http://www.liberation.fr/monde/2013/04/03/la-nudite-est-l-antithese-du-voile_893471. Ce qu’elle dit par ailleurs sur les technologies est intéressant, pas d’impérialisme occidental quand il s’agit d’utiliser la modernité de ses outils – comme dans votre article, l’utilisation des réseaux sociaux – mais un impérialisme quand il s’agit des idées ?)

  2. timide says:

    voici encore un article intéressant qui amorce bien des réflexions.

    légitimité dans l’export de valeurs en rupture totale ou presque orient/occident, néocolonialisme ? nouvelles formes de diplomatie ? liberté et soumission en dehors/dans la religion ?

    vaste sujet, mais vraiment merci rania qui prend le temps de poster en marge sur le sujet.

  3. Cham says:

    Elle est très mignone la fille de la photo ;-)
    Sérieusement, si elle était vraiment fière, pourquoi aurait-elle besoin de l’écrire sur une pancarte, pour en plus diffuser l’image sur la toile? Chelou, non?
    Sinon je respecte la foi, les valeurs morales… sauf qu’elles ont tendance à vouloir imposer leur modèle unique… l’histoire nous en dit du lourd. Hier j’ai revue “Anges et démons”, premier volet de Dan Brown avant son Da Vinci Code, qui parle de la religion contre la science et les femmes… et ça se tenait très bien. Merci Dan Brown, tu nous montre qu’il ne faut pas être une femme pour être féminste, mais juste intelligent. Respect!

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