3432 001

Syngué Sabour ou les confidences d’une Afghane

 

Afghanistan. Une ville qui s’étend à flanc de montagne. Terre aride sous les bombes. Un homme, allongé dans une maison. Il est dans le coma, une balle dans la nuque, reçue lors d’une altercation. Les murs tremblent et sa jeune (voire très jeune) épouse s’occupe de lui, et de sa perfusion d’eau sucrée pour le maintenir en vie. Abandonnée par sa belle famille, elle n’a que lui, ses deux filles et la consigne de prier dans l’espoir qu’il se réveille.

Les jours passent, et rien n’arrive. La guerre se rapproche, le massacre et la folie rôdent, elle continue de soigner et de protéger des soldats qui vadrouillent le corps inerte. Corps qu’elle va transformer en Syngué Sabour, cette pierre rare à qui, selon la légende, on peut confier tous ses secrets et s’en voir délivré le jour où elle éclate.

Commence alors une lente libération de la parole de cette femme qui n’a pas de nom. Elle confie au gisant ses sentiments, lui renvoie au visage sa brutalité de mari, parle de sa solitude, et de tout ce qu’elle n’a jamais pu raconter à personne. Elle parle, elle parle, parfois rattrapée par sa pudeur, mais de manière de plus en plus assumée alors que son mari est incapable de broncher.

Mais alors… se réveillera, se réveillera pas? Ceux qui ont lu le livre le savent. Les autres, je ne vous gâcherai pas la surprise. Surtout qu’au bout d’un moment, on finit par oublier de se préoccuper du pronostic vital de l’homme allongé là, pour se laisser captiver par cette femme qui se dévoile au fil du temps, et se métamorphose sous nos yeux, se redresse, gagne en aplomb et déploie sa force – car en parallèle de l’oppression dont elles sont victimes, de la force, ces femmes en ont c’est indéniable.

Syngué Sabour – Pierre de patience, malgré quelques éléments qui peuvent laisser sceptique, nous dresse un tableau de la condition féminine au Moyen-Orient (désastreuse), nous conte une libération, et se trouve être également un grand choc visuel. Les couleurs intenses et les contrastes, les motifs qui surgissent pour adoucir un environnement rude, sec, abîmé, captivent autant que les plans extérieurs d’une intensité inattendue. La réalisation participe, au même titre que l’interprétation de Golshifteh Farahani au sentiment puissant que nous laisse ce film saisissant.

 

Gail

Be Sociable, Share!

One Comment

  1. Très jolie critique, ce film m’a laissé le même sentiment.

Leave a Comment

*