Gynéco

Gynécologues et lesbophobie

Peu nombreuses sont les lesbiennes qui ont conscience des manifestations de la lesbophobie autour d’elles. Parfois, elle s’exprime ouvertement mais la plupart du temps elle se traduit par des comportements déplacés. Dans le corps médical, peut-être plus qu’ailleurs ; il est important que les lesbiennes se sentent accueillies. Le propre d’un-e professionnel-le de la santé est qu’il/elle établisse un dialogue afin de mettre à l’aise le/la patient-e.

En 2005, une étude a été réalisée sur la lesbophobie dans le corps médical, mais pour cet article, je m’attarderai sur la lesbophobie chez les gynécoloques. Même si pour beaucoup de lesbiennes, il ne semble pas nécessaire d’indiquer à leur médecin leur orientation, il est pourtant important que le ou la gynécoloque soit au courant des pratiques sexuelles, non pas qu’il existe un traitement spécifique mais parce que la connaissance des pratiques de la patiente entre dans un cadre de confiance plus large, permettant ainsi de l’orienter au mieux.

Mais si beaucoup de lesbiennes ont peu conscience de la lesbophobie qui les entoure, elles en ont encore moins conscience dans le milieu médical. Dans l ‘étude menée par Sos homophobie, nous pouvons voir que 4,5% des lesbiennes interrogées (sur 1793 femmes) ont été victime de lesbophobie chez un-e gynécologue. Par ailleurs, par rapport aux autres métiers liés à la santé, la gynécologique arrive en tête (44%). Ces chiffres sont importants car ils expriment, au delà de la lesbophobie exprimée, l’ignorance ou la méconnaissance du corps médical de l’existence d’orientations diverses. Et enfin, dans 60% des cas, la lesbophobie était clairement exprimée.

Afin de rédiger mon article, j’ai à mon tour contacté des lesbiennes ayant subi des comportements lesbophobes. Dans ces trois cas de lesbophobie rencontrés, l’intolérance semblait surtout être causée par le discours profondément hétéronomé de la société. Généralement, le ou la gynécoloque est d’abord surpris-e d’apprendre que sa patiente est lesbienne, à cela, s’ajoute parfois une réaction exagérément exprimée.

Mais souvent, le comportement du spécialiste n’est pas forcément compris comme un comportement lesbophobe. Par exemple, dans un des témoignages, c’est l’amie de la patiente, qui en lui racontant la scène avec sa gynécoloque, lui fait prendre conscience qu’il s’agissait de lesbophobie.

« Lorsque je lui ai révélé mon homosexualité, elle ne semblait pas gênée, j’avais l’impression qu’elle s’en foutait…Puis, après mon annonce, j’y suis retournée deux fois, deux fois durant lesquelles elle ne me faisait plus d’examen complet (frottis et seins) comme elle avait l’habitude de faire avant. Ma chérie de l’époque et ma meilleure amie me dirent que c’était un acte lesbophobe même si je n’avais pas été directement insultée. Je me suis sentie bafouée et trompée car c’était une spécialiste que je respectais. »

Dans beaucoup de cas, la lesbophobie, ou la gêne liée à l’homosexualité, est sous entendue. Dans l’étude citée plus haut, des expressions ou comportements hostiles ont été recensés. Je me suis permise de citer ici celles qui me paraissent les lus pertinentes :

Dédain, rejet, froideur « vous êtes donc vierge », négation de la sexualité, négation de l’homosexualité comme sexualité à part entière, « avez-vous déjà eu de vrais rapports sexuels ? », « ça vous passera, vous avez besoin d’être recadrée », leçons de morales déplacées, etc. .

Les gynécoloques ne sont pas dépourvus de méconnaissance ou de fermeture d’esprit en matière de sexualité, et les discours médicaux, même s’ils tendent à être de plus en plus modernes, restent ancrés dans une vision hétéronormé de la société, ce qui empêche ainsi les médecins d’effectuer pleinement leur travail, en prenant en compte toutes les sexualités. Ces différents comportements listés montrent ainsi qu’il y a encore pas mal de travail à faire en matière de prévention, et que ce n’est pas le moment de lâcher l’affaire !

Sarah

Sarah

Sarah ne parle plus trop de cul ni d'amour d'ailleurs mais ses passions demeurent : féminisme, antispécisme, santé mentale et gingembre.

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8 Comments

  1. Claire C says:

    Un conseil, j’avais pas été chez le gynéco depuis 6 ans au moins ! Le 190 : accueil génial des médecins (tous en pulls rose j’adore), humour, professionnalisme et surtout une grande humanité! Grande majorité de Gays mais le gynéco m’a dit qu’il y aurait bientôt une nana! Je fais la pub , car ils recherchent à diversifier leur clientèle (plutôt masculine pr le moment), alors ls filles n’hésitez pas, ils st vraiment sympas et ça donne presque envie d’y retourner lol

    http://www.le190.fr/

  2. timide says:

    c’est un sujet qui mériterait d’être creusé.

  3. Rébécca says:

    Enfin un sujet là dessus!
    Merci.
    Lorsque je l’ai annoncé à la mienne, elle m’a clairement demandé si j’étais vierge, précisant “vous avez déjà eu un rapport avec un garçon j’entends?”. Et il a fallu que j’insiste pour qu’elle me fasse un frotti, à son sens je n’en avais pas besoin. Sans parler de ma demande de prendre la pilule, “pour quoi faire?! Vous n’avez aucun risque de tomber enceinte!” Oui mais j’aimerai réguler mon cycle!
    Bref, j’en ai changé.

  4. timide says:

    donc, j’ai creusé le sujet et voilà ce que j’en ressors : spéciale dédicace aux barbi(e)turix :

    ça dépend de beaucoup de paramètres en fait, car la santé ! c’est un peu comme une connexion internet : pour certains et/ou certaines, c’est important mais pas ça dépend toujours un peu quand et pour quoi faire aussi hein :

    - dépense utile ? ou pas utile ?

    à partir de là, deuxième question :

    - combien pouvoir dépenser
    ou simplement
    - combien vouloir dépenser

    (oui, car dans la vie, volonté ne rime pas toujours avec pouvoir, mais niveau web, on pourrait justifier “ça” en constatant que c’est ce qui entretient le côté heureux et facile de toute cette histoire.)

    #bref!

    ce qui est regrettable dans tout cela, c’est l’aspect commercial des choses du “dedans”, un aspect qui ne tient pas compte du besoin et qui n’invite que l’envie. de quoi vous déformer sérieusement, de quoi vous abimer durablement et de quoi réinventer n’importe comment.

    donc, NON gynécologie et lesbophobie ne peut pas devenir, ni être la fatalité du sexe féminin. il n’y a qu’une mauvaise connexion qui peut entretenir un telle dogme.

    “il y a encore pas mal de travail à faire en matière de prévention, et que ce n’est pas le moment de lâcher l’affaire !” 100% d’accord avec “ça” ! :-)

  5. timide says:

    par ailleurs, et en dehors de toutes considérations misandres et/ou misanthropiques qui font du militantisme lgbt “ce qu’il est” en terme de santé publique :-O, entre moi-même et l’opinion de l’article de Sarah, j’ai donc “envie de pouvoir dire” que je suis particulièrement sensible à rowan atkinson et particulièrement émue par son talent.  :-)

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