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“Fille ou garçon, mon sexe n’est pas mon genre”

“Fille ou garçon, mon sexe n’est pas mon genre” est le titre prolixe d’un documentaire de Valérie Mitteaux, réalisé en 2011. Un titre qui sonne comme un cri de ralliement. Car les notions marqués au rouge par Mitteaux sur le visuel de son premier film sont autant de termes méconnus du grand public. Genre? Sexe? Quelle différence au juste? L’explication s’impose.

Pour se convaincre de l’ignorance et de l’intolérance qui règnent autour de ces questions, il suffit de se pencher sur la polémique qui agite nos députés depuis quelques mois et qui a relancé le débat sur une théorie qui relève pour certains du mysticisme. A l’origine de cette controverse, l’introduction des études de genre dans les programmes et l’apprentissage d’une idée simple: le sexe naturel mâle ou femelle ne suffit pas à nous déterminer masculin ou féminin, c’est “une interaction constante entre le biologique et le contexte socio-culturel” qui sera décisive dans notre positionnement à l’autre. Une idée qui pour 80 députés et 110 sénateurs constitue une diffamation et devrait semer le trouble dans l’esprit des jeunes français.

Trouble dans le genre? Si le documentaire à l’avantage de nous renseigner sur les préceptes fondamentaux des études de genre, Valérie Mitteaux dépasse largement le débat actuel sur le transsexualisme. Elle s’attache à questionner non pas la transformation du corps ou la thématique de la disphorie de genre, mais bien cet espace fragile entre le féminin et le masculin où le genre devient fluide, indécis, ondoyant…Un espace difficile à appréhender, où les repères vacillent et ou le positionnement identitaire devient une réinvention de soi.

Le documentaire tente de nous faire visiter cet endroit, de nous faire accepter cette fragilité revendiquée, cette indétermination choisie. Plutôt que de céder à la tentation du didactisme conventionnel à grand renfort d’experts et de données chiffrées, Mitteaux nous conduit sur le chemin de quatre anonymes, quatre transboys. Pas de voyeurisme non plus, nous partagerons les réflexions des quatre garçons, pas leur intimité. Lynnee, Kaleb, Rocco et Miguel nous mèneront, au gré de leurs discours, à appréhender la “transition”, ce flottement entre féminin et masculin, dans lequel ils ont tous décidé de s’ancrer.

Les quatre portraits sont menés en parallèle, d’un continent à l’autre à travers des entretiens. Il y a d’abord Lynnee, homme auto-proclamé à l’humour acerbe, qui n’a jamais souhaité suivre de traitement hormonal et qui réclame le droit d’être un “américain moyen”. Puis Kaleb qui vit en France, et qui, occasionnellement, se re-travestit en femme. Miguel habite a Barcelone, autrefois Maria, il refuse  de se définir selon un genre unique et milite pour les droits des transgenres. Rocco lui, vit en couple avec une lesbienne, et réalise chaque jour les privilèges que son nouveau statut d’homme social lui octroient.

“Il y a autant de genre que d’individus”, c’est ce qu’a déclaré la réalisatrice à la sortie de son film. Car, si tous sont nés dans un corps de femme, chacun connait un parcours bien différent. Rocco s’est fait opérer, Kaleb a simplement suivis un traitement hormonal, Lynnee a gardée son corps d’origine, quand a Miguel il s’amuse de n’avoir pas changé d’apparence. L’idée du film est bien de lutter contre une certaine tendance à la normalisation qui caractérise la définition du transgenderisme. Il n’y a pas une façon d’être trans, de la même façon qu’il n’y a pas qu’un seul façon d’être femme ou homme. Les garçons se placent tous dans un intermédiaire, où leur aiguille balance à des degrés divers de masculinité. Une notion qu’ils questionnent tous, intrigués par le regard que la société porte sur eux. Si certains se sentent rejetés car leur image de correspond pas au stéréotype de l’homme viril, d’autres expérimentent le privilège du sexe dominant.

Le film soulève également les difficultés et l’injustice à laquelle sont confrontés les transsexuels.En premier lieu, la psychiatrisation de la dysphonie: le suivi médical, rendu obligatoire pour quiconque veut transitionner. Et si le transsexualisme n’est plus reconnu comme une maladie mentale depuis quelques mois, il faut toujours accepter de se faire stériliser pour pouvoir changer le sexe de son état civil.

Ce qui frappe dans ce documentaire, c’est la discrétion de la réalisatrice Valérie Mitteaux qui a pourtant affirmé dans de nombreuses interviews avoir fait ce film en partant de son expérience personnelle. Si son parcours est très proche de celui des quatre FtoM, le parti-pris de l’effacement et sa tendresse pour ses intervenants nous transmettent toute la force et la liberté qui s’échappent de ces personnalités, et nous soulage, quelque part, de l’angoisse de nous sentir différent.

 

Lubna

Lubna

Grande rêveuse devant l'éternel, Lubna aime les livres, les jeux de mots et les nichoirs en forme de ponts. Elle écrit sur l'art, avec un petit a : bd, illustration, photo, peinture sur soie. Twitter : @Lubna_Lubitsch

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