Appel à manifester

Octobre 1998, la discussion autour du projet de loi légalisant le Pacs bat son plein. Une femme, au milieu des députés, brandit un livre. Elle lance, furieuse : «Lisez plutôt la Bible, cela vous changera ! ». Ce sera sans doute l’épisode le plus marquant des âpres discussions qui auront abouties sous l’ère Jospin à l’adoption historique du pacte civil de solidarité. Forcément, au vu des évènements, on ne peut s’empêcher d’établir un parallèle entre hier et aujourd’hui. Oui, les gardiens du temple d’autrefois sont ceux qui sévissent aujourd’hui. Leur croisade contre le mariage et l’adoption est plus féroce encore : L’institution dont ils se disent inventeurs et donc justes héritiers s’apprête à être dénaturer, vider de sa substance. La filiation, corollaire du mariage, jetée en pâture à des pratiques médicales éthiquement erronées. La famille, dernier repère stable d’une société en crise, profondément fracturée. L’altérité sexuelle, écartée d’un revers de main par des théories barbares qui voudraient que le genre prédomine sur le sexe.
En somme, un pan entier de l’identité humaine qui s’apprête à être immergé sous le poids écrasant d’une revendication communautaire à laquelle répond favorablement l’aval du gouvernement.

Madame, Monsieur,
Parfois, dans ce pays, on a cette vague impression qu’à se poser des questions de premier ordre, qu’à réfléchir à ce qu’il doit être, vous et d’autres oubliez l’estrade du haut de laquelle vous prêchez la bonne parole. Cette estrade s’appelle la République. Une république, démocratique et laïque. Ce projet de loi se nomme le mariage -civil- pour tous. Dans cette histoire, il n’y a de place, ni pour la bible, ni pour le coran, ni pour la torah. Le livre sacré s’appelle ici le code civil. L’arbitre, seul capable de légiférer, s’appelle un représentant du peuple, élu par le peuple. Ce sont les règles du jeu démocratique.
A coups de contre-vérités, vous dépeignez une mesure d’égalité comme étant le dernier rempart qui se dresse devant la perte et la déchéance de toute une nation. Vous, qui pensez au sort des enfants de la République et de ceux de l’Humanité entière, ne feriez-vous pas mieux de prendre à bras le corps des causes où des millions d’enfants à travers le monde sont véritablement en danger : ceux qui travaillent, ceux qui n’ont pas accès aux soins, ceux qui ne mangent même pas à leur faim. Il est là le véritable enjeu. L’amour, lui, n’a jamais tué personne. Il s’affranchit de l’orientation sexuelle de ceux et celles qui ne demandent qu’à l’offrir. La famille est une notion plurielle et la société vous donne chaque jour à lire, la pluralité des configurations qu’elle englobe.
Au nom de quoi, alors, nous imposer votre modèle, votre feuille de route ? Indéniablement, cette question cache une certitude inavouée. Celle d’une hiérarchie des orientations sexuelles. Car, à bien y réfléchir, clamer haut et fort que l’hétéroparentalité est le seule cadre propice au plein épanouissement de l’enfant, n’est-ce pas dire en substance que l’homosexualité est inférieure à l’hétérosexualité – en un point au moins, celui de ne pas pouvoir faire famille -. C’est cela justement qu’on appelle l’homophobie.

Forcément, face à une thèse peu soutenable, le meilleur moyen est de persuader à défaut de convaincre. Propagande et victimisation. Ne buttons pas sur les mots. Il est effarant de constater qu’un texte qui mobilise autant les foules soit à ce point étranger à ceux-là même qui s’y opposent farouchement. Il y serait fait mention à plusieurs reprises d’un parent 1 et d’un parent 2. Au pire, ce mensonge sert à nourrir les fantasmes pour mieux susciter l’attention d’une opinion crédule. Au mieux, il fait état d’une ignorance complète des grands traits du projet de loi.

Le 13 Janvier, vous êtes venus de toute la France en famille. Venus clamer à qui veut l’entendre que vous ne serez pas les parents sacrifiés de la République, que vous n’accepterez pas que la loi gomme votre statut de père et de mère. Avez-vous seulement pensés à la situation de parents que le législateur français ne reconnaît purement et simplement pas ? Imaginez qu’un jour votre enfant soit hospitalisé, qu’on vous rétorque à l’accueil que vous ne pourrez pas le voir car vous n’êtes ni son père, ni sa mère.

En France, plus de 200000 familles homoparentales évoluent dans un flou juridique. Des dizaines de milliers de parents « sociaux » vivent dans une négation de parentalité. Le 13 Janvier, c’est pour alimenter cette négation que vous êtes venus manifester.
Un jour, vos enfants pourraient se retrouver dans la même cour de récré qu’une fille ou qu’un fils d’homos. Quelle pourrait être leur conversation ? « J’ai manifesté le 13 Janvier contre ta famille parce que je pense qu’elle ne te permettra jamais de t’épanouir pleinement ni de grandir dans de bonnes conditions.»… Elle est belle votre conception du vivre-ensemble !

Le 27 janvier, à 14h, place Denfert-Rochereau, nous serons au rendez-vous de l’Egalité. Nous défilerons avec force, panache et conviction. TouTEs ensembles, nous marcherons pour nos amours, pour nos familles et pour nos enfants.

Toutes les infos sur http://www.agissonspourlegalite.fr/

Rania

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