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Christine ou la grâce

Depuis quelques mois, Christine est devenu un prénom qui me rend toute chose et me donne envie de crier mon plaisir de l’entendre. Christine est blonde, Christine est complètement barrée, Christine est douée, c’est un coup de coeur monumental mais… c’est pas ma meuf.
Ok, explications.

Flashback.
Décembre 2011, concert d’Austra à la Maroquinerie. Nous avons eu le droit, en première partie, à une étrange créature au visage caché derrière un bandana, dont le nom demeurera inconnu, mi gangster-mi robot (merci les logiciels qui déforment la voix, merci Kanye West d’avoir ouvert la voie). C’était du lourd, mais on n’a pas trop décollé. Du coup, parce que la vengeance est un plat qui se mange froid et pour nous faire patienter encore un peu avant l’arrivée d’Austra, Christine and the Queens est entrée en scène. Roulement de tambour.
Dans la fosse, des fans de la première heure criaient des locutions bizarres, du genre «yeah be freaaaaky» ou bien «kiss my craaaaaasse!». Interloquée, je ne comprenais pas vraiment où ils voulaient en venir, mais qu’à cela ne tienne, trois secondes plus tard j’étais complètement envoûtée par ce qu’il se passait sur scène.

Une blonde en smoking noir – quelque chose de singulier mais de très simple, très classe – avec des petits bois de cerf sur la tête. Croyez-le ou non, ça la parait d’un puissant magnétisme, j’ai gardé les yeux rivés sur elle. (Retenez l’idée des bois pour votre prochain rendez-vous galant… c’est risqué mais ça peut faire effet. Bon, ok, on ne garantit pas quel effet… Bon, d’accord, laissez tomber.)
Avec un timbre de voix qui rappelle parfois celui de Lykke Li, la voilà qui chante, seule avec son ordinateur, des ciseaux à la main, des lunettes de soleil sur le nez, tout en gardant son sérieux et son aplomb. Puis tout à coup, elle se met à nous faire une danse complètement improbable – comme celle des ringards au pantalon trop court dans es sitcoms américaines – en chantant le fameux «Be freaky». Et ô émerveillement, elle ne perd rien de sa superbe…
Le coup de grâce fut sa reprise d’Amazoniaque, une chanson d’Yves Simon sortie de nulle part. Monde parallèle. Fantasmes. Fantasque. Encore.

Ce qui est hautement séducteur dans son petit jeu de scène, c’est que l’absurde se mêle au sublime d’une manière pleinement assumée. Elle peut reprendre Who is it ou chanter «j’sens pas très bon, ouais mais j’suis belle», l’effet est le même – on tombe sous le charme.

Alors, d’accord, c’est bien beau tout ça, cette déclaration d’amour en règle, mais maintenant vous avez peut-être envie de savoir qui est Christine. And the Queens. Ne les oublions pas. Car elle a beau être seule sur scène, elle est un groupe composé de 5 autres personnes. Christine, en réalité Héloïse Lhetissier, est originaire de Nantes. Les Queens, ce sont ses alters-egos soniques, des travestis qu’elle a rencontrés dans des clubs à Londres qui la suivent dans sa musique et l’aident à composer. Parmi ces Queens, il y a notamment Mac Abbey, qui donne son nom au dernier EP (sorti en janvier 2012, après Miséricorde l’année dernière) et qui l’a mise au défi de reprendre Amazoniaque, persuadée que Christine se casserait les dents (mille mercis, Mac Abbey – la prochaine fois, challenge-la sur Le grand sommeil d’Étinne Daho s’il te plaît).
Sur le net, on trouve beaucoup de vidéos en lien avec ses chansons, dans lesquelles se déploie son univers Electro pop-Kitsch-Freaky-Paillettes. Influencée par Pipo Delbono ou David Lynch sur le plan théâtral et cinématographique, on retrouve Björk ou David Bowie du côté musical.

Ce qui nous donne un tout électronique teinté d’années 80 mais pas trop, ondulant, entêtant ou langoureux, profond et loufoque. Ainsi que comique, et en même temps empreint d’une réelle compassion pour le genre humain, dans ce qu’il a de malhabile et de détraqué. Ca donne envie à la fois de danser, pleurer, d’aimer ses défauts et de rouler une pelle à l’existence. La voir sur scène fait un bien fou, ça rend heureux d’être multiple. Promis.

Lauréate du concours SFR Jeune Talent, son nom commence à être sur toutes les bouches. Programmée le 22 mars au Point Éphémère pour le festival Les femmes s’en mêlent, il n’y a qu’une chose à dire: vous vous en mordrez les doigts si vous la ratez ! Alors dégotez-vous une queue de pie à paillettes, et Let’s be freaky.

Gail

Gail

Bricoleuse de mots et de carton pâte au service de la poésie et de la météo. Dancing queen chez BBX depuis 2008.

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