Modèles

« J’ai grandi, on m’a dit que les garçons et les filles c’était pareil, qu’il n’y avait pas de différence, et je l’ai cru. On ne m’a pas dit que mon grand père avait interdit à ma grand-mère de travailler. Que ma mère avait subi des avortements qui avaient failli la tuer. Que l’histoire des femmes n’était pas celle des hommes. On ne m’a pas dit qu’aujourd’hui encore je portais le poids de ces traditions, de ces empêchements, de ces culpabilités. »

Ce n’est qu’un extrait de la pièce de Pauline Bureau, mais cet extrait illustre la force poignante de son texte, du texte de Modèles. Modèles, ça pourrait faire référence à Judith Butler quand elle disait dans son live Trouble dans le genre que nous n’étions tous et toutes que des imitations d’un original qui n’existait pas, et qu’au fond, nous ne nous servions que de modèles.

Modèles, c’est aussi un spectacle musical et des performances étonnantes, poétiques, des jeux de lumières et une mise en scène originale. Un spectacle avec de vrais discours, illustrés par les textes de Simone de Beauvoir, de Pierre Bourdieu, Marguerite Duras ou encore Virginie Despentes.

Au début, la scène est glauque, décoré de presque morbides mannequins, parfois coupés en deux, ici et là sur l’estrade, et dans les airs, ou attachés. En haut à droite, l’une des trois comédiennes prend le rôle d’un de ses quatre grands noms et explique  ce « devenir femme ».

Car « On ne naît pas femme, on le devient » avait écrit Simone de Beauvoir. Mais ce n’est pas seulement cela.
Ce « devenir femme » à la fois si tragique et si fort est expliqué, développé, puis critiqué.

Les trois comédiennes racontent chacune leur « devenir femme » personnel, leur sexualité, leur tabou, leurs craintes et leur parcours jusqu’à ce qu’elles se rendent compte  que, ce « devenir femme », n’avait pas qu’une seule forme. Elles racontent le droit à l’avortement, le droit d’avoir accès à une sexualité informée et épanouie, leur droit de ne pas avoir honte, et leur droit de demander, leur droit de devenir, tout court. La pièce est entrecoupée de scènes de la vie courante, à la fois drôles mais finalement totalement absurdes.  Absurde finalement que peut l’être ce « devenir femme » qui enferme tout autant que le « devenir homme » qu’elles citent vers la fin. Le garçon sera fort, intelligent et courageux, la fille sera coquette, bonne cuisinière et bonne mère. Des clichés qui paraissent dépassés, mais qui au delà de nous imprégner dans la vie courante, nous imprègnent dans notre façon de penser, dans nos relations, et dans nos discours ; et c’est ainsi qu’on le perpétue.

Avec son spectacle Modèles, Pauline Bureau et ses deux co-auteures, réussissent  le pari de nous toucher émotionnellement et intellectuellement.

La pièce a été jouée au Nouveau Théâtre de Montreuil au début de l’année 2011 et en novembre 2011 et nous espérons qu’elle sera  représentée à nouveau  à Paris, très bientôt.

En attendant, vous pouvez lire les auteur-e-s cité-e-s


“Modèles”, Pauline Bureau par Nouveau-theatre-Montreuil

Sarah

Sarah

Sarah ne parle plus trop de cul ni d'amour d'ailleurs mais ses passions demeurent : féminisme, antispécisme, santé mentale et gingembre.

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